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L’épopée de Gilgamesh

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Gilgamesh est un roi à demi légendaire de la cité d’Ourouk (Uruk), qui aurait régné vers 2600 avant notre ère.

Gilgamesh, Palais de Sargon II

Monarque semi-légendaire Gilgamesh, “celui qui a tout vu” , est le héros à la fois despotique et humain d’une longue épopée mainte fois remaniée qui est la base de la littérature antique. Les exploits du cinquième roi d’Ourouk, évoquent ceux d’Ulysse et d’Héraclès et offrent une réflexion sur la vie éternelle, l’amitié et l’art de vivre. Selon les versions, il serait le fils de la déesse Ninsun et du roi-guerrier Lugalbanda, ou celui d’un grand prêtre. “Pour deux tiers il est dieu, pour un tiers il est homme. ” De plus, Shamash lui a donné la beauté, et Adad, le courage. Pour mettre un frein à la fougue tyrannique du roi Gilgamesh, les dieux qui reçoivent les doléances de son peuple, demandent à la déesse Aruru de faire naître dans le désert un homme fort et sauvage, Enkidu ou Enkidou (la créature d’Enki), qui saura s’opposer à l’activité fébrile du roi. Aruru fabrique avec de l’argile un être à l’image et à l’essence d’Anu, dieu du ciel, et de Ninurta, dieu de la guerre. Dans un premier temps Enkidu va vivre totalement à l’écart de la civilisation ; il broute l’herbe en compagnie des gazelles et partage la vie des bêtes sauvages qui sont ses seuls amis. Il détruit les pièges que posent les chasseurs qui ne manquent pas de venir se plaindre auprès du roi ; ce dernier  décide de le faire venir à sa cour en lui envoyant une femme pour le convaincre. Au cours des six jours et sept nuit qu’il passera avec Shamhat il va découvrir son humanité et l’amour mais c’est au détriment des ses anciens compagnons qui s’écartent de lui au trou d’eau où ils avaient l’habitude de venir boire. Elle le décide d’aller à Ourouk pour découvrir la ville et sa civilisation; lors du trajet, pour la première fois, il mange et boit des aliments de la civilisation fabriqués par des bergers et il est obligé de combattre les bêtes sauvages qui désormais le fuient. De plus par l’intermédiaire de rêves qui vont l’informer de son destin tout au long du récit, il sait que le roi lui-même, Gilgamesh, va être son rival.  Aussitôt entré dans la ville, il est accueilli par une foule en liesse, on lui offre à boire et à manger, on l’oint avec des huiles précieuses. Il a maintenant l’aspect d’un homme civilisé; mais l’aspect seulement, Gilgamesh refuse de le voir et demande Shamhat de l’emmener hors de sa vue. Elle commence alors à apprendre au jeune rustre tous les raffinements de la vie civilisée et de la morale humaine; Enkidu change complètement sa façon de vivre. Au cours d’un deuxième rêve, le héros s’imagine être aux Enfers, et il en déduit que sa mort est proche. Pourtant il va s’opposer au roi que sa tyrannie révolte. Un jour, alors qu’il assiste à un mariage, il interdit l’entrée au roi venu pour exercer un droit de premier mâle. Les deux hommes vont se livrer un dur combat. Dans la version sumérienne, Gilgamesh vainc Enkidu, qui devient son serviteur, alors que dans la version babylonienne, les deux hommes sont de même force et il devient l’ami du roi. Gilgamesh brûle d’accomplir un exploit extraordinaire qui laisserait à jamais son nom gravé sur les tablettes d’argile et dans la mémoire des hommes. La rencontre d’Enkidu lui en fournit l’occasion, et tous deux décident de réaliser ensemble prouesses sur prouesses. Gilgamesh a déjà décidé de tuer le géant Humbaba et forge des armes puissantes Avant de commencer une entreprise si difficile, les deux amis prient Shamash, dieu du soleil, et se rendent chez la mère du roi, prêtresse du dieu. Enkidu, à vrai dire, est un peu effrayé et essaie de persuader son ami de renoncer à une entreprise si hasardeuse. Les citoyens d’Uruk, à leur tour, ont peur. Tout esprit héroïque leur fait défaut ils essaient donc de dissuader leur roi. Après une dernière prière à Shamash et de nouveaux conseils de prudence, les deux amis s’en vont.

Humbaba attaqué par Gilgamesh et Enkidu

En trois jours, alors que le voyage normal aurait demandé un mois et demi, ils se rendent sur la Montagne, couper les cèdres qui y poussent. Après ce long voyage, ils arrivent à l’entrée de la forêt et s’étonne devant la taille des arbres. L’entrée de la forêt des cèdres, interdite aux mortels, est gardée par le géant Houmbaba (Houwawa ou Khoumbaba) “le grand mal”. C’est un démon terrible, ses dents sont celles d’un dragon, sa face celle d’un lion, ses pieds sont des serres et il se défend en émettant une série de cris qui glacent d’épouvante quiconque les entend. De plus ce fils de la Montagne est protégé des dieux, enfin pas tous, car Shamash interviendra au moment décisif. Mais Enkidu est saisi de peur et les forces lui manquent pour continuer. Alors Gilgamesh le raisonne et le soutient moralement. Ils pénètrent finalement dans la forêt où les cèdres dressent leurs troncs immenses et c’est au tour de Gilgamesh de faiblir. Mais les voilà enfin face à face avec le monstre qui se moque: C’est avec ce sauvageon que tu veux me défier ?Le combat est terrible; heureusement que Shamash intervient et jette dans la bataille les treize grands vents: Le Vent du Nord, le Vent du Sud, le Vent d’Est, le Vent d’Ouest, le Vent-Souffleur, le Vent-Tourbillon, le Vent-Mauvais, le Vent-Poussières, le Vent-Gel, le Tourbillon, la Tempête, la Tornade et l’Ouragan, qui bloquent le géant afin qu’il ne puisse plus bouger. C’est la fin du combat, Khumbaba supplie Gilgamesh de l’épargner; il lui offre ses meilleurs bois. Celui-ci est sur le point d’accepter, mais Enkidu l’engage à tuer l’ennemi. Les deux héros frappent violemment Humbaba. qui en mourant prononce cette malédiction. Malgré leur fatigue, nos deux héros prennent leur butin tandis d’épaisses ténèbres s’abattent sur la Montagne des Cèdres. Ils comprennent, trop tard, que les dieux ne voulaient pas de cette exécution. Le dieu de la terre, Enlil, est très en colère, et décide de les tuer. Shamash intervient et obtient que seul Enkidu meure plus tard.

La déesse Ishtar est séduite par l’héroïque roi d’Uruk et essaie de lui faire du charme, mais le monarque repousse avec dédain les avances de la grande déesse; il l’insulte même, en lui reprochant violemment sa vie de luxure qui, par vice, se donne aux hommes et même aux animaux. La déesse, furieuse de l’injure subie, prie le dieu Anu de venger sa honte, en pétrissant un taureau céleste, capable de terrasser et de tuer Gilgamesh. Ishtar menace de détruire les remparts de enfers alors Anu accède au désir de la déesse et un taureau gigantesque descend sur la terre, mais Enkidu l’affronte immédiatement et le tue. La colère d’Ishtar se déchaîne à nouveau ; elle se rend sur les murailles de la ville d’Uruk, d’où elle lance les injures les plus atroces au roi, en le maudissant. Enkidu se saisit alors d’un (du?) membre du taureau abattu, et le jette en signe de moquerie aux pieds de la déesse. Gilgamesh détache les cornes du taureau, qui peuvent contenir au moins six vats(?) d’huile, et les destine aux onctions rituelles du culte de Lugalbanda, pour qui il avait une vénération toute particulière. Après quoi les deux amis, s’étant lavés les mains dans l’Euphrate, regagnèrent Uruk parmi les acclamations du peuple. Après les fêtes célébrées en l’honneur des deux héros, fêtes qui se terminent par un banquet. Enkidu a de nouveau des rêves de mauvais augure. Un jour Enkidu tombe gravement malade, pendant douze jours il va lutter contre son mal et la mort qui le guette. Malgré tous les soins attentionnés, à l’aube du treizième jour, Enkidu expire entre les bras de son ami. Ainsi s’accomplit le songe funèbre, qui l’avait troublé au début du poème. Gilgamesh, désespéré, entonne une lamentation funèbre en l’honneur de son incomparable compagnon et pleure pendant six jours et six nuits. Il sait que, lui aussi, devra mourir et une peur panique le fait s’enfuir. Toutefois il espère mériter la vie éternelle, à l’instar des dieux et du héros du Déluge Universel, Outnapishtim. A cet effet, le roi abandonne tout et décide d’aller demander à ce bienheureux personnage le secret de l’immortalité. L’Épopée évoque, ici, le voyage long et harassant entreprit par le Roi pour arriver à la demeure d’Outnapishtim, dans l’île des Bienheureux. La première des épreuves est de se débarrasser de lions puis il arrive au mont Mashu ou Mashou (les monts Jumeaux) qui se compose en effet de deux monts jumelés sur lesquels repose la voute des cieux et c’est là que chaque soir le soleil vient traverser le tunnel qui s’enfonce sous la terre et qui le conduit vers l’Est.

Homme-scorpion

La porte de la montagne est gardée par les terribles hommes-scorpions (un mâle et sa femelle), dont la tête touche à la terrasse des cieux et dont la poitrine atteint les Enfers. A leur vue, Gilgamesh sent son visage pâlir de crainte et d’effroi; il reprend néanmoins ses esprits et s’incline devant eux. En fait les hommes-scorpions reconnaissent en lui “la chair des dieux” et après être lui avoir demandé les raisons de sa visite, lui ouvrent la porte aux vantaux en bois de cèdre. Il chemine dans une obscurité épaisse pendant onze doubles-heures et par une de plus s’il ne veut pas être brûlé par l’astre solaire. Enfin, la lumière brille de nouveau, et Gilgamesh se trouve dans un jardin merveilleux qui s’étend le long de la mer et où les arbres portent, à la place de fruits, des pierres précieuses de toutes les couleurs. Au bord de ce rivage splendide, vivait Siduri, la cabaretière des dieux, établie là pour accueillir on ne sait qui ; elle prit peur en voyant arriver le héros sale et vêtu de peaux de bêtes qu’elle prit tout d’abord pour un assassin. Elle s’enferma à double tour dans sa taverne mais  Gilgamesh menaça d’enfoncer la porte et de briser le verrou si elle n’ouvrait pas rapidement. Il se fit connaître en racontant brièvement ses aventures et lui demanda des renseignements nécessaires pour la suite de son voyage. La déesse consentit alors à l’écouter, mais elle s’étonna de son aspect négligé et mal en point. Elle lui montra d’abord l’inutilité de son voyage et lui proposa de rester sur la plage avant de lui donner finalement les informations demandées. Il poursuit sa quête en allant tuer les Etres de Pierre du passeur Ur-Shanabi qui, sensible aux tourments du roi, accepte de le conduire à Outnapishtim grâce aux perches de bois qu’il a ramassées. Aidés par les vents de Shamash, il arrive sur la rive d’Outnapishtim mais Gilgamesh est changeant; chez lui, le pire côtoie le meilleur et a du mal à accepter les paroles sensées du dieu. Le paysage se transforme au rythme des sentiments qui animent le roi. Gilgamesh y rencontre Outnapishtim et son épouse, et demande au Héros du Déluge comment il a obtenu l’immortalité. Ce dernier commence son histoire en partant de l’époque où il habitait à Shuruppak. Il décrit ensuite comment les dieux décidèrent de détruire l’humanité par le Déluge universel. Ea lui révéla alors le dessein des dieux, en lui enjoignant de construire un bateau où il pourrait monter avec toute sa famille, les animaux et les plantes. Les dieux accourent, mais ils sont encore irrités à cause de la punition trop cruelle infligée aux hommes. Enlil, pour les amadouer, se réconcilie avec Outnapishtim, le bénit et lui concède ainsi qu’à son épouse l’immortalité. Outnapishtim lui propose une expérience à Gilgamesh: qu’il demeure six jours sans dormir, et à son tour il pourra devenir immortel. Il échoue. Alors le roi d’Uruk reprend le chemin pour revenir à la ville ; en cours de route, Outnapishtim lui montre une herbe au fond de la mer, porteuse du souffle vital, appelée  « Le vieillard rajeunit ». Gilgamesh plonge au fond de la mer, y trouve l’herbe magique. Mais tandis que le roi s’arrête près d’une source pour se laver, un serpent sort à l’improviste d’un trou, s’empare de l’herbe et disparaît. Le roi pleure, parce qu’avec cette herbe il a perdu la jeunesse éternelle. Il retourne finalement à Uruk. Toujours plus inquiet sur son propre sort, il consulte l’ombre de son ami mort, qui, par une permission toute particulière du roi des Enfers, Nergal, revient sur la terre et répond aux questions angoissées du roi, concernant la vie dans le monde souterrain et beaucoup d’autres problèmes. L’épopée se termine ainsi. Mais, bizarrement, la 12ième tablette reprend le fil du récit avec Enkidu et y ajoute une péripétie : pour aller y chercher “la baguette”et “le cerceau” de Gilgamesh, Enkidu fait le voyage aux Enfers, où il reste prisonnier. Son fantôme parvient toutefois à s’en échapper brièvement et rapporte à Gilgamesh de ce qu’il y a vu. Unique enseignement : au pays des morts, celui qui dans sa vie n’a eu qu’un fils “pleure amèrement”, quand celui qui en a eu sept est “assis en compagnie des dieux” et “écoute de la musique”. L’immortalité du héros, c’est la survivance littéraire de ses exploits, disent les onze premiers pavés d’argile ; l’immortalité de l’homme du peuple, c’est la pérennité de sa lignée, ajoute in extremis le douzième.