SAUVER LE PATRIMOINE CULTUREL EN IRAK

 

Les pertes de vies et de biens dans les zones de conflit font la une des journaux. Il est certain que les meurtres doivent être signalés et qu’il fait les éviter le plus possible. Outre la perte de vies humaines, les conflits violents constituent une menace pour certains de nos sites patrimoniaux les plus importants, qui nous rappellent nos origines et la façon par laquelle nous sommes arrivés ici. La perte de tels trésors est rarement signalée dans les journaux. Même lorsque de tels crimes sont signalés, ils n’obtiennent qu’un addendum dans l’histoire principale, qui porte invariablement sur la perte de vies et de territoire outre les gains ou pertes stratégiques.

Une victime souvent négligée mais fondamentalement importante dans le conflit est la manifestation physique d’une communauté, d’un peuple, d’une nation – de son héritage. La première grande civilisation de l’antiquité a été établie dans les vallées fertiles de la Mésopotamie, l’Irak d’aujourd’hui. En fait, le terme « civilisation mésopotamienne » est générique.

En réalité, les contributions civilisationnelles et culturelles de la Mésopotamie comprenaient trois peuples distincts qui peuplaient ce territoire au cours de l’histoire: les Sumériens, les Akkadiens et les Assyriens. Mossoul, une fois la capitale de la civilisation assyrienne et l’une des plus anciennes villes du Moyen-Orient, elle est actuellement sur le point de se transformer en un autre désert culturel que les groupes radicaux sont devenus si efficaces à créer, tandis que le reste du monde ne fait que s’asseoir et regarder de loin.

L’organisation terroriste, l’Etat Islamique (EI), qui a pris le contrôle sur la province de Mossoul dans le nord de l’Irak, a détruit plus de 30 lieux historiques depuis le début du mois de juin, y compris des dizaines d’églises et d’halls religieux des shi’a, hussainiyas. Parmi ceux-ci il y a les mosquées de l’Imam Yahya Abu alQasim, Nabi Shayt (le Prophète Seth qui est considéré dans l’Islam, le Judaïsme et le Christianisme comme le troisième fils d’Adam et d’Eve) et du Nabi Yunis ou le Prophète Jonas Cliquez ici pour voir la vidéo .

Tous ces monuments témoignent de l’importance de la région et sont antérieurs à la Basilique Saint-Pierre ou à la Chapelle Sixtine à Rome et à la Cathédrale Notre Dame à Paris. Ils sont de rares liens avec l’antiquité religieuse, et cette destruction n’est pas seulement une perte régionale mais un crime contre l’histoire.

La destruction par l’État islamique de la mosquée Nabi Yunis à Mossoul, au-dessus de la tombe du prophète Jonas, est plus qu’un acte de sottise et d’inflexibilité puritaine.

Cela continue également la tendance dans laquelle les groupes extrémistes violents – qui partagent tous, un penchant pour la destruction en dépit de leurs différences – ne cherchent pas à proclamer qu’ils «sont ici maintenant», mais plutôt que tout le monde «n’était jamais ici avant eux». De l’Afghanistan au Mali à la Syrie et à l’Irak, les extrémistes takfiri ont essayé non pas à établir leur supériorité mais d’imposer l’inexistence de ceux qu’ils considèrent comme des incroyants ou des apostats.

De plus, la persécution et l’expulsion des chrétiens et d’autres minorités déchirent le tissu historique et culturel de l’Irak. Pourtant, la réaction de la communauté internationale passive, a été modérée. C’est malheureux vu le fait que parmi les nombreuses «armées conquérantes» de l’histoire, l’EI serait l’une des plus faibles et les plus faciles à déloger avant qu’elle ne pourra provoquer plus de destruction.

Il y a plus d’un siècle, depuis que Mossoul était librement gouvernée par l’Empire ottoman, Gertrude Bell, voyageuse et écrivaine britannique, aidera plus tard à établir l’Irak moderne après la Première Guerre mondiale et elle parcourait les sites anciens et réfléchissait sur l’histoire traumatique de la ville. « Sur la malheureuse province de Mossoul, la haine et la convoitise pèsent comme des maux héréditaires, transmises (qui peut dire?) À travers toutes les générations de conquérants depuis que la sauvage puissance de l’empire assyrien a marqué le pays » Écrit en 1909. Elle a, cependant,  été heureuse de rapporter que malgré ce qu’elle a appelé le «passé turbulent de Mosul,» la ville n’avait «rien perdu de sa qualité au cours des dernières années. La même chose ne peut pas être dite maintenant, vu la détermination de l’EI d’effacer un patrimoine que de nombreux conquérants précédents ont laissé intact.

L’Etat Islamique (EI) avait détruit une statue d’Othman al-Mousuli, musicien et compositeur irakien du XIXe siècle et la statue d’Abou Tamam, un poète arabe de l’époque abbasside. Le tombeau d’Ibn al-Athir, un philosophe arabe qui a voyagé avec l’armée du sultan guerrier Salahuddin au 12ème siècle a été profané après que l’EI a repris la ville. Des témoins ont déclaré que le sanctuaire en forme de dôme avait été rasé et qu’un parc autour de lui a été déterré.

Plusieurs lieux de culte chiites ont également été détruits. Y compris le mausolée du saint Fathi al-Ka’en et les sanctuaires dans les villages de Sharikhan et al-Qubbah. La statue de la Vierge dans l’église de l’Immaculée dans la zone d’al-Shifa a également été détruite. Ces monuments étaient des trésors inestimables aussi bien pour la région que pour le reste du monde. L’EI ne fait aucune distinction quant à la foi en détruisant les monuments. Les sanctuaires sunnites et chiites sont menacés tout comme les églises chrétiennes.

Les portes du musée de Mosul qui a été pillé en 2003 après l’invasion américaine de l’Irak, mais qui abritait toujours l’une des plus grandes collections mondiales de sculptures, ont été verrouillées. Les manuscrits qui datent depuis des centenaires et qui sont conservés dans la bibliothèque centrale de Mossoul, dont beaucoup sont des textes religieux à feuilles d’or, ont été volés.

Les temples de Hatra et Ashour – tous deux sont des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO – suscitent des craintes particulières car ils sont sous le contrôle de l’EI. Le complexe bien préservé de Hatra est considéré comme une cible potentielle, à cause des statues des dieux pré-islamiques qu’il contient.

L’ancienne cité d’Ashur, sur le Tigre (fleuve), dans le nord de la Mésopotamie, remonte au 3ème millénaire av. J.C. Entre le 14ème  et le 9ème  siècle avant J.C., elle fut la première capitale de l’Empire assyrien, une ville-état et une plate-forme commerciale d’importance internationale. Elle a également servi de capitale religieuse des Assyriens, associé au dieu Ashur.

L’EI contrôle également le complexe du temple de Nimrud, qui abrite des statues de divinités et dieux assyriens qui ont plus de 3 000 ans. Ils avaient déjà pillé le musée de la ville syrienne de Raqqa, dans le but de vendre les pièces d’art sur le marché noir international pour lever des fonds.

De toute évidence, ni l’EI ni les Taliban n’ont entendu parler de la Convention de La Haye de 1954, pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé et ils ne s’en soucient pas non plus. L’Asie de l’Ouest aura peut-être perdu une grande partie de son patrimoine culturel au moment où ce conflit prend fin. Bien évidemment s’ils prennent fin dans un avenir proche. En mars 2001, les talibans ont annoncé qu’ils avaient l’intention de détruire les deux anciennes statues de Bouddha à Bamiyan, en Afghanistan. Il y a eu une énorme protestation internationale, qui n’a eu aucun impact sur le résultat, car les talibans ne se souciaient guère de l’opinion publique internationale. Pourtant, le tollé a été significatif vu que: certains trésors appartiennent à l’histoire et aux générations futures, ce qui est le point d’une désignation du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La pression publique dans un certain domaine pourrait se manifester dans d’autres domaines, tels que la pression économique et commerciale. Cependant, dans le cas de l’EI, le seul type de pression qui pourra produire des effets est la pression militaire. Bien qu’il y ait eu quelques condamnations (de la Ligue arabe au Vatican), aucune protestation internationale massive n’a encore été formulée. Cela est due en partie à la «fatigue» d’une communauté internationale qui fait face à une atrocité après l’autre, mais aussi parce que la destruction semble, même si elle est catastrophique, appropriée à la région. Une attaque contre Notre-Dame se heurterait à un outrage et à une action accablante, tandis que la destruction de sites plus anciens en Syrie et en Irak se heurterait à des haussements d’épaules, tandis que le monde perdait de plus en plus ses sites historiques inestimables.

Le vrai danger d’un conflit persistant est de rendre l’inacceptable, acceptable. La situation en Irak est, qu’un groupe extrémiste a pris possession de territoires contenant des sites historiques précieux au-delà de toute mesure, en menant une campagne de destruction et d’expulsion de minorités religieuses et ethniques, alors que le gouvernement irakien poursuit sa paralysie mortelle. La communauté internationale passe d’une crise à l’autre. Malgré sa prétention à honorer l’histoire, des groupes comme l’EI la craignent profondément et cherchent donc à la réécrire. La question ne porte pas sur leurs intentions mais sur la détermination de la communauté internationale.

 

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